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C'est parti

Les Douze Elus de Zeus

de Liliane CESARI

Auteur aux Editions PHENIX D'AZUR

Et pour les amateurs de POLARS :

 

RenĂ© LEGAL  

Claude ICONOMOU

 

  

 

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Livre I : ARIES, la mission de Chrysomallos

 CHAPITRE I - IXION

 LancĂ© au grand galop, le cavalier s’engouffrait au cƓur de l’orage. Planant dans la tourmente Ă  la lueur spectrale de l’astre lunaire, il avançait, telle une crĂ©ature infernale directement issue du ventre de la terre. Dominant le vacarme assourdissant de la tempĂȘte, les sabots du cheval martelaient de leur claquement sec la route dĂ©trempĂ©e, rythmant la progression de l’homme et de la bĂȘte, qui luttaient vaillamment contre les Ă©lĂ©ments. L’un tenait fermement les rĂȘnes des deux mains, l’autre fonçait, perçant la barriĂšre liquide qui se refermait aussitĂŽt sur leur passage. NoyĂ©es dans la tourmente, leurs silhouettes sombres semblaient n’en faire qu’une. Menant un train d’enfer, l’homme parvint bientĂŽt en vue du pont de pierre enjambant le PĂ©nĂ©e. Le cavalier poussa un peu plus sa monture. Il avait aperçu les murs de Larissa, lovĂ©e dans un mĂ©andre du fleuve thessalien. Ce fils d'OcĂ©an et de TĂ©thys prenait vie dans le massif du Pinde. Puis, courant d’ouest en est, entre la MacĂ©doine, au nord, et la Thessalie au sud, il devait parcourir prĂšs d’un millier de stades[1], avant de se jeter dans l’EgĂ©e. La Thessalie, rĂ©gion particuliĂšrement fertile et gĂ©nĂ©reuse, grĂące au PĂ©nĂ©e, qui avait creusĂ© la vallĂ©e du TempĂ© entre les monts PĂ©lion et Ossa au nord-est, et la montagne Olympe au Sud-est, Ă©tait l’un des plus riches greniers Ă  blĂ© et Ă  bĂ©tail du pays. Mais cette opulence mĂȘme lui avait attirĂ© nombre de convoitises.

DĂšs l’époque archaĂŻque, elle avait Ă©tĂ© la proie des invasions. D’abord, les Thessaliens, venus d’Epire, avaient rĂ©duit en esclavage les peuples autochtones. Les PĂ©nestes[2] avaient continuĂ© d’exploiter les terres agricoles, tandis que l’aristocratie, propriĂ©taire des immenses domaines, s’était rĂ©servĂ© l’élevage des chevaux. C’est au VIIĂšme siĂšcle qu’était nĂ©e la ConfĂ©dĂ©ration thessalienne. Unifiant la contrĂ©e, elle avait Ă©tendu son influence sur la GrĂšce du nord, jusqu’aux montagnes et vallĂ©es environnantes. Maliens de la plaine du Sperchrios et Oetaeens se virent contraints de lui payer tribut, et de lui procurer des contingents de soldats.



[1] Un stade correspond Ă  185 mĂštres.

[2] Statut social intermĂ©diaire entre l’esclave et l’homme libre.

 

 

CHAPITRE 5 – THESEE

Au milieu de la nuit, une frĂȘle silhouette se glissa comme une ombre furtive hors de la chambre. LĂ©gĂšre et impalpable, elle se faufila derriĂšre une tenture, et poussa doucement la porte dĂ©robĂ©e qu’elle prit soin de bien refermer derriĂšre elle.

S’emparant de la torche qu’elle avait prĂ©parĂ©e plus tĂŽt dans la journĂ©e, elle s’enfonça dans le souterrain obscur qui dĂ©bouchait Ă  bonne distance du palais, directement dans la plaine du CopaĂŻs. Au lieu de rendez-vous, un homme Ă  cheval vĂȘtu de noir l’attendait, les traits soigneusement dissimulĂ©s sous un pan de son himation.

-          Est-ce que tu as mon or ? s’enquit-il d’un ton rogue dĂšs qu’il vit la servante.

-          Le voici. Un sac d’or, c’est le prix convenu. Si tu veux vĂ©rifier


-          Non, je te fais confiance. Donne-moi le panier.

-          Tiens, prends-le ! HĂąte-toi Ă  prĂ©sent, mais surtout sois discret. Et n’oublie pas de m’envoyer ton messager !

-          Ne crains rien, j’ai compris. Quand j’en aurai fini, tu seras informĂ©e.  

Puis le cavalier s’éloigna au grand galop. Atthis le suivit du regard jusqu’à ce qu’il se fĂ»t fondu dans la sombre nuit d’OrchomĂšne, avant de regagner, pensive, le palais.

 

 

CHAPITRE 7 – HADES

 HermĂšs prit son essor en un puissant Ă©lan qui l’amena jusqu’aux confins mĂ©ridionaux du PĂ©loponnĂšse, lĂ  oĂč le cap TĂ©nare, plongeant son bec crochu au milieu de la mer, semble indiquer le sud. Tout en songeant au sort peu enviable de l’homme qui gisait dans ses bras, il se dirigea vers le sanctuaire de PosĂ©idon qu’il survola, Ă  la recherche du temple principal. C’est lĂ  qu’il toucha terre, non loin d’une caverne dont la bouche bĂ©ait sur d’obscures tĂ©nĂšbres. Plongeant en pente douce au cƓur de la montagne, un chemin s’enfonçait profondĂ©ment dans les entrailles de la terre. HermĂšs s’y engouffra, traĂźnant derriĂšre lui le roi dĂ©chu qui trĂ©buchait Ă  chaque pas. Ixion n’aurait su dire pendant combien de temps ils marchĂšrent ainsi. Enfin une lueur diffuse qui filtrait d’un passage voĂ»tĂ© creva l’obscuritĂ© opaque devant eux.

-          Eh bien ! Nous y voilĂ  ! dit HermĂšs, satisfait, tandis qu’ils franchissaient l’entrĂ©e intĂ©rieure du royaume d’HadĂšs. Ils dĂ©bouchĂšrent sur un large corridor Ă  l’éclairage chiche. HĂ©bĂ©tĂ©, le captif scruta les alentours avec circonspection.

-          Mais quel est cet endroit ? s’enquit-il, mal Ă  l’aise.

-          Nous sommes dans le Vestibule des Enfers, lui expliqua HermĂšs. Ici rĂ©sident tous les spectres pernicieux qui se font appeler « Ministres de la Mort Â», et s’appliquent sans cesse Ă  tourmenter les Ăąmes. N’as-tu pas entendu parler de Maladie ? Ou bien d’Épuisement â€“ celui-ci va souvent de pair avec Fatigue – ou encore de Vieillesse ou Famine ?
 Et Discorde, ne la connais-tu pas ? Pourtant, elle est cĂ©lĂšbre avec ses cheveux noirs hĂ©rissĂ©s de serpents, qu’elle adore tresser en longues nattes Ă©paisses nouĂ©es par des rubans Ă©tincelants rougis du sang de ses victimes ! Tu n’imagines pas Ă  quel point cette touche de grenat rutilant illumine Ă  ravir sa sombre chevelure, et rehausse son teint blafard et plutĂŽt terne !... Mais les plus redoutables, ce sont Sommeil et Guerre, les amants lĂ©gendaires toujours suivis de Mort, cruelle et destructrice. A ce propos, il faut que je te mette en garde : tout ce beau monde va rivaliser de ruse pour t’attirer Ă  lui. Mais n’écoute personne. Continue ton chemin sans jamais t’arrĂȘter, et surtout veille bien Ă  rester prĂšs de moi. 

 

CHAPITRE 11 - CADMOS

Depuis son brusque dĂ©part, PenthĂ©e n’avait plus donnĂ© signe de vie. Ses invitĂ©s l’ayant vainement attendu jusqu’au soir, commençaient Ă  trouver le temps long. IndĂ©cis, ils Ă©taient demeurĂ©s au palais, Ă  l’affĂ»t des rumeurs sordides et inquiĂ©tantes qui avaient couru comme une trainĂ©e de poudre toute la nuit durant. Selon des tĂ©moignages plus ou moins fantaisistes, AgavĂ©, Harmonie et AutonoĂ© avaient Ă©tĂ© aperçues, le visage et les mains tout maculĂ©s de sang, errant, hagardes, par les rues de ThĂšbes, un thyrse dans la main
 Et au bout de celui d’AgavĂ©, une tĂȘte
 oĂč certains affirmaient mĂȘme avoir reconnu le faciĂšs massacrĂ© de PenthĂ©e
 EchevelĂ©es et les vĂȘtements en dĂ©sordre, les trois femmes avaient dĂ©ambulĂ© par la ville avant d’aboutir au palais, oĂč AgavĂ© avait finalement retrouvĂ© ses esprits. Regardant autour d’elle avec Ă©tonnement, elle avait aperçu le macabre trophĂ©e embrochĂ© sur son thyrse. DĂ©chiquetant alors le silence nocturne, son hurlement de bĂȘte avait glacĂ© d’horreur l’assistance figĂ©e qui l’avait vue tomber Ă  genoux sur le sol. Elle Ă©tait demeurĂ©e prostrĂ©e un long moment, serrant contre son sein la tĂȘte de son fils. TirĂ©s du sommeil par ses lamentations, les ThĂ©bains Ă©taient venus de plus en plus nombreux grossir les rangs avides des curieux. Cependant ils n’étaient pas encore au bout de leurs surprises ! Car soudain Dionysos, immense et flamboyant dans la noirceur du ciel leur Ă©tait apparu, dominant la CadmĂ©e. MĂȘme les invitĂ©s de PenthĂ©e l’avait vu et l’avait entendu :

-          Lorsqu’HĂ©ra dĂ©couvrit que Zeus avait menti et que j’étais vivant, sa fureur ne connut plus de bornes. EnragĂ©e, elle flaira ma trace et vint me dĂ©busquer Ă  Nysa oĂč SilĂšne m’avait Ă©levĂ© en secret. DĂ©masquĂ©, je m’enfuis sous les traits d’AcĂ©tĂšs. Mais la rancƓur tenace de la reine des dieux ne se relĂąchait pas. Je dus errer longtemps sur les mers, sillonnant l’empire de mon oncle, seul rempart protecteur contre son bras vengeur. N’eĂ»t Ă©tĂ© Ino d’OrchomĂšne qui m’offrit l’asile de ses temples, jamais je n’aurais pu Ă©chapper Ă  HĂ©ra
 Pour la remercier, j’ai dĂ©livrĂ© Cadmos et les siens de l’exil, et je t’ai libĂ©rĂ©, toi grand peuple de ThĂšbes, par le bras des MĂ©nades ! Je t’ai rendu ton roi et sa famille pour qu’ils soient mes Ă©lus, eux qui n’ont jamais doutĂ© de ma divinitĂ©. RĂ©jouis-toi Ă  prĂ©sent, et cĂ©lĂšbre mon culte ! 

Dans un geste de dĂ©votion, la multitude tendit les bras au ciel, tandis que Dionysos saisissant les trois femmes dans sa main protectrice, les dĂ©posait au sommet de la citadelle. C’est de lĂ  qu’Harmonie proclama le retour de Cadmos et instaura le culte du dieu auquel ThĂšbes serait dĂ©sormais consacrĂ©e. Aux premiĂšres lueurs de l’aurore, ils Ă©taient des milliers rassemblĂ©s devant la porte sud, Ă  guetter l’arrivĂ©e de leur roi lĂ©gitime. Lorsqu’enfin il parut sur son blanc destrier, la foule dĂ©chaĂźnĂ©e l’accueillit en hĂ©ros.

Livre II : TAURUS, la Génisse Sacrée

   

 CHAPITRE 1 – HERA

 En ce temps-lĂ , les Grecs s’appelaient AchĂ©ens.

Guerriers venus de l’Est[1] pour s’établir en GrĂšce, ils avaient pris l’Épire, conquis la Thessalie, la BĂ©otie, l’Attique, et s’étaient installĂ©s dans le PĂ©loponnĂšse. La civilisation crĂ©toise minoenne ne leur survĂ©cut pas. Mais les peuples AchĂ©ens surent s’en inspirer pour en perpĂ©tuer l’art et le savoir-faire.

Partout en Argolide s’élevĂšrent bientĂŽt les murs cyclopĂ©ens des remparts mycĂ©niens, enceintes formidables oĂč les palais des rois, du haut des acropoles, dominaient les demeures des classes dirigeantes. De vastes cours royales offraient aux villageois la beautĂ© de leurs fresques et de leur statuaire. De riches sanctuaires, des tombes Ă  tholos cĂŽtoyaient ateliers et magasins des gens attachĂ©s au palais. Ouvriers, artisans, commerçants travaillaient au service du roi ou pour leur propre compte, exerçant leurs talents dans la fabrication de somptueux bijoux en or fin ciselĂ©, en ambre ou en ivoire importĂ© du Levant, de vases en cĂ©ramique et d’huiles parfumĂ©es qui Ă©taient exportĂ©s mĂȘme jusqu’en Égypte. Ils excellaient aussi dans l’industrie textile et la mĂ©tallurgie : dagues, Ă©pĂ©es et armures, pointes de lances et casques façonnĂ©s dans le bronze, attestaient de leur art consommĂ© de la guerre.

Te voilĂ  donc, MycĂšnes, Ă  l’époque appelĂ©e Helladique RĂ©cent, touchant Ă  l’apogĂ©e de ta prospĂ©ritĂ©. La GrĂšce entiĂšre encense ta puissance et ta gloire, ĂŽ toi, la « Riche en or Â»[2] ! AtrĂ©e, ton souverain, rĂšgne sur l’Argolide. Autour de lui gravitent sa suite d’e-qe-ta, sa garde personnelle, et sa cour constituĂ©e de l’aristocratie et des hauts fonctionnaires qui logent dans l’enceinte fortifiĂ©e du palais. Il a sous sa fĂ©rule les wa-na-ka vassaux d’Argos et de Sicyone, et gouverne, assistĂ© de son ra-wa-ke-ta et de ses te-re-ta, le te-me-no, oĂč paissent les troupeaux de caprins et d’ovins, et qui procure ses abondantes rĂ©coltes aux da-mo laborieux.

Pour bien l’administrer, le royaume a Ă©tĂ© divisĂ© en provinces, elles-mĂȘmes scindĂ©es en districts que dirige un ko-re-te, aidĂ© de son pro-ko-re-te. Enfin, chaque district comprend plusieurs da-mo que le do-mo-ko-ro prĂ©side, avec l’appui de son pa-si-re-u.

Ainsi, ton avenir semble se présenter sous les meilleurs auspices.

Pourtant il n’en est rien. Car toute ta richesse paraĂźt bien illusoire face au destin funeste que rĂ©servent les dieux Ă  la lignĂ©e maudite de PĂ©lops et d’AtrĂ©e, et qui provoquera ton dĂ©clin et ta chute
 Oui, tu succomberas, prestigieuse MycĂšnes, et tu disparaĂźtras


L’Histoire est ainsi faite. Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait !...



[1] D’Asie Mineure vers 1430 av J.C.

[2] HomĂšre, « l’Iliade Â».

 

CHAPITRE 3 – ARGOS PANOPTES

 - HermĂšs[1], j’ai une mission Ă  te confier. Je veux que tu te rendes dans le Bois de MycĂšnes et que tu me ramĂšnes une gĂ©nisse blanche, celle que tu verras attachĂ©e Ă  un arbre sous la garde d’Argos, le gĂ©ant aux cent yeux... Ne hoche pas la tĂȘte ainsi, comme pour dire : « Le berger PanoptĂšs ne peut ĂȘtre surpris, il ne s’endort que de cinquante yeux Ă  la fois ! C’est mission impossible ! »  Pour les autres peut-ĂȘtre, mais pas pour toi, HermĂšs ! Trouve donc une ruse et reviens avec elle. Mais surtout fais en sorte qu’HĂ©ra n’en sache rien ! 

Peu enthousiaste, HermĂšs obĂ©it Ă  son maĂźtre et quitte Ă  tire d’ailes l’Olympe pour le Bois. Il n’aime pas ce lieu qu’il juge lĂ©nifiant. D’ailleurs n’est-il pas de notoriĂ©tĂ© publique qu’on s’y ennuierait ferme ? Aussi le Messager est-il dĂ©terminĂ© Ă  ne pas y rester plus que le nĂ©cessaire. Il fera vite et bien. Et tandis qu’il se guide Ă  la cime des arbres, son esprit aiguisĂ© a dĂ©jĂ  concoctĂ© un subtil artifice.

En peu de temps il a repĂ©rĂ© le berger allongĂ© dans un prĂ©, ses yeux bleus grands ouverts ne quittant pas la vache qui paisse devant lui, attachĂ©e Ă  un arbre. Dans un bruissement d’ailes, HermĂšs vient atterrir aux pieds de PanoptĂšs, qui pose sur l’intrus quelques yeux Ă©tonnĂ©s. Sans qu’il ait le loisir de rĂ©agir, HermĂšs l’apostrophe gaiement :

 - Bonjour, mon cher Argos ! Je passais prĂšs d’ici, et soudain il m’a pris l’envie de te revoir ! Comment te portes-tu ? 

 - Je vais trĂšs bien, merci, lui rĂ©pond le berger, clignant par-ci par-lĂ  l’une ou l’autre paupiĂšre.

- Comme tout est tranquille ! rĂ©torque le filou. Est-ce toujours ainsi ? Toi qui vivais jadis une vie d’aventures essaimĂ©e de combats, ne t’y ennuies-tu pas quelquefois ?

 - Oh ! Moi, non ! Mais Zefi, ma licorne, a failli se laisser mourir d’inanition. La vache ici prĂ©sente est arrivĂ©e Ă  point nommĂ© pour la tirer de sa mĂ©lancolie.

 - Un bien bel animal que tu as lĂ  ! Dis-moi, d’oĂč vient-il ? Je croyais qu’il n’y avait ici que de blanches licornes et des chevaux ailĂ©s.

 - C’est une longue histoire. Disons que c’est HĂ©ra qui me l’a confiĂ©e.

 - Tiens ! En parlant d’HĂ©ra, connais-tu la derniĂšre ? 

Et HermĂšs de parler sans discontinuer, abreuvant le gĂ©ant des ragots et potins qui courent sur l’Olympe au sujet des maĂźtresses innombrables de Zeus et des colĂšres folles qu’elles dĂ©chaĂźnent chez son Ă©pouse jalouse. Abasourdi, Argos dĂ©tourne peu Ă  peu les yeux de sa captive pour Ă©couter HermĂšs. Le conteur plein de verve capte son attention, ponctuant ses chroniques de gestes et de mimiques cocasses et amusants. Ne va-t-il pas jusqu’à pimenter son rĂ©cit de chants qu’il accompagne en jouant de la harpe ? La mĂ©lodie s’élĂšve, pure, majestueuse. De la bouche divine s’échappent des accents enchanteurs qui transportent le berger solitaire. Comme magnĂ©tisĂ©s, ses yeux bleus papillonnent
 Cette douce musique, fascinante, si belle !
 Argos se laisse aller
 Doucement, peu Ă  peu, ses paupiĂšres se ferment
 Pour la premiĂšre fois de sa vie, ses cent yeux dorment Ă  l’unisson. 

HermĂšs est aux aguets. AprĂšs s’ĂȘtre assurĂ© qu’Argos est assoupi, que son corps ne prĂ©sente que les cercles argentĂ©s de ses paupiĂšres closes, qu’aucune lueur bleue ne filtre entre les cils, il tranche d’un coup sec la tĂȘte du gĂ©ant. Puis il se prĂ©cipite vers l’animal captif et dĂ©tache la longe qu’il saisit vivement, entraĂźnant son larcin au sommet de l’Olympe. Zeus, impatient, accueille sa maĂźtresse bovine qu’il transporte illico au bord du lac de Lerne, oĂč HĂ©ra n’aura pas l’idĂ©e de les chercher une seconde fois.



[1] Dieu du commerce et des voyageurs, messager des dieux, roi des voleurs, héraut des Enfers (Livre 1).

 

CHAPITRE 8 – PARIS

Taruisa[1]
 Insondable mystĂšre de l’Asie
 Comme un bec de vautour pointĂ© vers l’Occident, sa pĂ©ninsule plonge, lovĂ©e entre deux mers : la Propontide au nord, la mer EgĂ©e au sud. A l’est, le Mont Ida, barriĂšre naturelle aux sommets enneigĂ©s, protĂšge ses arriĂšres. Depuis sa fondation par Teucros[2], fils du fleuve Scamandre, et d’IdĂ©a la nymphe, elle n’a pas cessĂ© de prospĂ©rer Ă  travers la puissance d’Ilion la Magnifique, que crĂ©Ăšrent en son sein Dardanos et Batia, la fille de Teucros, au-dessus des deux sources - glace et feu - du Scamandre. Leur lignĂ©e prestigieuse rĂšgne depuis ce jour sur Wilusa[3] la Belle, d’abord Tros[4], puis son fils Ilos[5], et aprĂšs lui son fils LaomĂ©don, roi cruel qui fit naĂźtre les murs de Wilusa par les mains de PĂ©an et de PosĂ©idon, mais s’attira les foudres des deux dieux bĂątisseurs pour n’avoir point versĂ© le salaire promis[6].

Heureusement Priam, fils de LaomĂ©don, se montra meilleur roi que ne le fut son pĂšre. Qui n’a pas entendu parler du roi Priam dont la rĂ©putation a traversĂ© les mers ? RĂ©gnant sur Taruisa, il reconstruisit la citĂ© de Wilusa. Son goĂ»t pour la justice, son sens de l’équitĂ© et sa grande bontĂ© lui attirĂšrent le respect de ses sujets. Il accumula des richesses colossales qui propulsĂšrent Ilion parmi les citĂ©s les plus puissantes du monde. Il donna Ă  son peuple cinquante fils et filles qui faisaient sa fiertĂ©. Parmi celles qu’il eut de son Ă©pouse HĂ©cube, LaodicĂ©e Ă©tait la plus belle. Et de leurs fils, Hector Ă©tait le plus vaillant, Laocoon le plus pieux. Lorsque vinrent au monde leurs jumeaux, Cassandre et HĂ©lĂ©nos, PĂ©an les dota de son don de prophĂ©tie[7]. Ce n’est pas pour autant que Priam nĂ©gligea ses fils nĂ©s hors mariage. De ceux-ci, Lycaon, nĂ© de LaothoĂ©, Ă©tait son prĂ©fĂ©ré  

Les annĂ©es qui passaient semblaient glisser sur lui : le patriarche avait toujours bon pied bon Ɠil ! Il fut heureux d’apprendre qu’il allait ĂȘtre pĂšre une nouvelle fois. Mais il advint qu’HĂ©cube, arrivĂ©e Ă  son terme, fit un Ă©trange songe qui la mit mal Ă  l’aise, et qu’elle raconta, au matin, Ă  Priam. L’aube Ă©tait encore sombre, mais ternissait dĂ©jĂ  de son halo gris-noir l’ébĂšne de la nuit, dĂ©calquant sur le mur l’encadrement plus clair de la fenĂȘtre ouverte. Blottie contre Priam, elle avait les yeux clos tandis qu’elle parlait :

- Quel cauchemar horrible ! J’ai vu sortir de moi, alors que je croyais expulser mon enfant, un brandon enflammĂ© qui se prĂ©cipita Ă  l’assaut de la ville, la rĂ©duisant en cendres. Priam, je suis inquiĂšte. Qu’est-ce que cela veut dire ?

 Le roi, en l’écoutant, avait serrĂ© plus fort sa femme dans ses bras. Puis, quand elle se tut, il baisa ses cheveux et lui dit dans un souffle :

- Rassure-toi, ma douce. Je vais m’en occuper. Contente-toi de te reposer et d’attendre mon retour... C’est promis ? 

Elle acquiesça, confiante, et se laissa aller avec un soupir d’aise tandis que son Ă©poux se vĂȘtait et sortait.

A l’abri des remparts sacrĂ©s de Wilusa prospĂ©rait la citĂ©, opulente, vivante, bourdonnante et sublime, oĂč les logements de la famille royale dominaient les demeures plus modestes du peuple. Entre deux rangĂ©es de portiques s’étendaient, construits en enfilade, les appartements de Priam qui comprenaient, en plus de sa demeure, quelque cinquante chambres tout en pierres polies, dites chambres nuptiales, destinĂ©es Ă  ses fils. Quant aux gendres, ils dormaient en face, dans la cour oĂč l’on avait dressĂ© Ă  leur intention douze autres chambres nuptiales. DerriĂšre s’étageaient, grimpant vers le sommet tout le long des remparts, les demeures des princes et princesses du sang.

En ce matin fatal, Priam, aprĂšs avoir soigneusement fermĂ© la porte sur HĂ©cube, plongea rĂ©solument dans l’épais clair-obscur avant-coureur de l’aube, vers le temple  d’A’as[8] dressĂ© sur l’Acropole. Il marchait d’un pas vif le long des rues Ă©troites desservant les maisons regroupĂ©es en Ăźlots, et parvint sans encombre Ă  sa destination. Mais lĂ , comme figĂ© par un pressentiment nĂ©faste, il s’arrĂȘta, fixant l’entrĂ©e bĂ©ante d’une des salles latĂ©rales qui menaient Ă  la piĂšce centrale oĂč se dressait l’autel. Immuable, le bĂątiment sacrĂ© semblait fixer sur lui son Ɠil noir, menaçant, tel celui d’un fauve embusquĂ© ramassĂ© sur lui-mĂȘme s’apprĂȘtant Ă  bondir. Priam se secoua. Il Ă©tait venu lĂ  dans un but bien prĂ©cis. Il n’était pas de mise d’hĂ©siter Ă  prĂ©sent ! AprĂšs avoir franchi le seuil de la piĂšce, il s’engouffra aussitĂŽt dans le goulot d’accĂšs Ă  la salle du culte.

Les flambeaux enchĂąssĂ©s dans les murs projetaient des lueurs jaune sale sur la statue de Baal. Du centre de l’autel oĂč il Ă©tait dressĂ©, le dieu le regardait, foudre dans une main et javelot dans l’autre. Les reflets mordorĂ©s de son haut casque en pointe se mĂȘlaient aux Ă©clats de bronze de son pagne. Avec un grand respect mĂȘlĂ© d’apprĂ©hension, le roi s’en approcha.


[1] Nom hittite de la Troade.

[2] D’oĂč le nom de « Teucriens Â» souvent donnĂ© aux Troyens.

[3] Wilusa, nom hittite de Troie.

[4] D’oĂč le nom de Troie.

[5] D’oĂč le nom d’Ilion, autre nom de Troie.

[6] AprĂšs sa tentative de coup d’état contre Zeus (cf. Chapitre 1), PosĂ©idon fut condamnĂ© Ă  bĂątir les murailles de Wilusa pour le compte de LaomĂ©don. Apollon lui prĂȘta main forte. Quand LaomĂ©don refusa de verser aux dieux le salaire promis, soit trente drachmes troyennes, Apollon dĂ©chaĂźna la peste sur la ville, tandis que PosĂ©idon envoyait un monstre marin qui dĂ©vasta les champs et dĂ©vora ses habitants.

[7] Ayant passĂ© une nuit dans le temple d’Apollon TymbrĂ©e, on les retrouva au matin au milieu de deux serpents qui leur lĂ©chaient les oreilles et la bouche.

[8] Dieu hittite de la sagesse, Ă©manant du dieu mĂ©sopotamine Ea ou Enki. 

 

CHAPITRE 11 – ACHILLE

La peste nous tuera avant nos ennemis. Elle dĂ©cime nos armĂ©es plus sĂ»rement que les meilleurs guerriers de Wilusa ! AprĂšs presque dix ans de siĂšge et de combats sanglants, l’issue de cette guerre est toujours incertaine. La victoire nous glisse sans cesse entre les doigts, nous fuit puis nous revient, capricieuse et volage comme une Ă©vanescence insaisissable qui jouerait au chat et Ă  la souris avec nous
 Au cours des derniers mois, nos troupes ont dĂ» lutter sur deux fronts Ă  la fois, rĂ©sistant Ă  la peste et Ă  un adversaire enhardi par nos pertes
 Devant la gravitĂ© de la situation, Agamemnon a convoquĂ© ses chefs de guerre. Va-t-il nous ordonner d’abandonner la lutte et de lever le siĂšge ? Si tel Ă©tait le cas, je m’y refuserais, quitte Ă  combattre seul avec mes Myrmidons !

Patrocle me rejoint Ă  l’entrĂ©e de la tente. Les autres sont dĂ©jĂ  Ă  l’intĂ©rieur, groupĂ©s autour du fils d’AtrĂ©e. Et l’homme Ă  ses cĂŽtĂ©s, c’est ChrysĂšs, l’un des prĂȘtres dont j’ai capturĂ© la fille lors de l’attaque d’un village voisin. Agamemnon ayant revendiquĂ© pour lui la belle ChrysĂ©is, je la lui ai abandonnĂ©e, lui prĂ©fĂ©rant la douce BrisĂ©is, la fille de BrisĂšs, un autre prĂȘtre qui, depuis lors, a tentĂ© de me la racheter - sans succĂšs, il est vrai !... Comme ChrysĂšs d’ailleurs, qui Ă©tait prĂȘt Ă  dĂ©bourser pour ChrysĂ©is une Ă©norme rançon. Dire qu’Agamemnon a rejetĂ© son offre, en dĂ©pit de la dĂ©sapprobation des hommes qui ont vu ce butin leur passer sous le nez ! C’est depuis ce refus que la peste sĂ©vit dans notre campement, faisant plus de victimes que l’épĂ©e ou les flĂšches...

Je me demande bien ce que nous veut ChrysĂšs
 Ce damnĂ© est-il revenu pour nous narguer ? Va-t-il encore prĂ©tendre que sa malĂ©diction est cause de nos maux ? Qu’il aille au diable, lui et ses divagations ! D’un geste de la main, Agamemnon vient de rĂ©clamer le silence. Eh bien, Ă©coutons donc ce qu’il a Ă  nous dire !

- AchĂ©ens, nombreux sont les braves qu’un flĂ©au funeste Ă  emportĂ©s au royaume d’HadĂšs. Il faut que cela cesse. J’ai consultĂ© Calchas. Il m’a conseillĂ© d’accĂ©der sans plus attendre aux souhaits de ChrysĂšs. Aussi j’obĂ©irai, non de gaĂźtĂ© de cƓur, mais par nĂ©cessitĂ©.

Il se tait tandis qu’on amĂšne ChrysĂ©is. Ainsi, il a cĂ©dé  Cela m’étonne un peu, mais aprĂšs tout c’est sa part d’honneur, pas la mienne ! Sous le regard glacĂ© d’Agamemnon, ChrysĂšs a emmenĂ© sa fille. Alors que je m’apprĂȘte Ă  me retirer avec les autres, j’entends une voix impĂ©rieuse qui suspend mon Ă©lan :

- Attends, Achille. Reste. Il faut que je te parle.

La tente dĂ©sertĂ©e, il me dĂ©signe un siĂšge et s’assoit prĂšs de moi.

- J’ai un problĂšme, Achille. Pour sauver ce qui reste des troupes achĂ©ennes, j’ai rendu ChrysĂ©is alors que toi, tu as conservĂ© ta captive. Or, peut-on tolĂ©rer qu’un chef soit moins loti que son subordonnĂ© ? Alors, fais ton devoir. Donne-moi BrisĂ©is.

- BrisĂ©is ? Tu divagues ! Libre Ă  toi d’obĂ©ir aux inepties que te dĂ©bite ton devin ! C’est ton choix, pas le mien ! C’est donc Ă  toi d’en assumer les consĂ©quences !

- Tu vas me la cĂ©der, Achille. C’est un ordre. 

- Ne me menace pas ! Ton Calchas l’a prĂ©dit : nous vaincrons grĂące Ă  moi ! Depuis bientĂŽt dix ans, c’est Ă  moi que tu dois tes plus belles victoires ! C’est moi qui ai eu l’idĂ©e d’affamer les Teucres en interceptant leurs approvisionnements ! Avec mes Myrmidons, j’ai rĂ©duit Ă  nĂ©ant onze citĂ©s d’Asie vassales de Priam. J’ai conquis Lymessos pour gagner BrisĂ©is ; ThĂ©bĂ© Sous le Placos, pour t’offrir ChrysĂ©is
 Le fait que tu dĂ©cides de rendre ta captive ne t’autorise pas Ă  me prendre la mienne ! Si tu me voles BrisĂ©is, je me retire. On verra bien, alors, si la peste n’était pas de loin prĂ©fĂ©rable Ă  l’absence d’Achille sur le champ de bataille !

- Eh bien, retire-toi. Je peux vaincre sans toi.

Fou de rage, je me lĂšve en faisant valser mon siĂšge. Rira bien qui rira le dernier
 A grands pas, je me rue sous ma tente et m’enferme, la colĂšre vissĂ©e au cƓur comme un poison qui m’inonde la gorge, au moment oĂč Talthybios et EurybatĂšs m’enlĂšvent BrisĂ©is.

 

LES HASARDS DE L'HISTOIRE, Nouvelle N° 4 : Au temps du roi des Corses

Stretta, 7 avril 1725

 

Ils sont tous accourus Ă  l’appel de la cloche de Santa Riparata, ceux de Merusaglia, parents, amis, alliĂ©s


Tous sont venus en masse des hameaux de Stretta, de Rocca Soprana, de Rocca Sottana, de Tabonzuli, de Collu, de Sevasi, de Querceto, de Terchini, de Convento
 Il n’était pas question d’ĂȘtre absent au baptĂȘme du deuxiĂšme fils de Ghjacintu et Dianisia ! Car dans toute la pieve[1] di Rustinu, et jusque dans l’En-deçà des monts, « U DiquĂ  Â»[2], on connaĂźt Nobile Paoli, fils du meunier de Stretta et Pacificatore[3] de Merusaglia.

Alors, ils ont suivi le grĂȘle carillon qui les a guidĂ©s jusqu’au centre du village.

EnracinĂ© au cƓur de la Castagniccia, Merusaglia s’étage en hameaux successifs Ă©chelonnĂ©s Ă  flanc de coteau, qui font face au Monte San Petrone au chef nimbĂ© de brume. En ce matin radieux oĂč le printemps n’a pas encore chassĂ© le froid, la buĂ©e vaporeuse qui s’échappe des lĂšvres des femmes et des hommes en route pour l’église semble lui faire Ă©cho.

Mais le soleil s’accroche. OpiniĂątre dans sa lutte contre l’hiver, il plonge dans la plaine, arrachant au Golo et Ă  ses affluents, Casaluna et Asco, des Ă©clats argentins qui se fraient un chemin du fond de la vallĂ©e jusqu’à la Castagniccia.

À travers le maquis, leurs lueurs Ă©thĂ©rĂ©es s’immiscent entre les branches des genĂ©vriers cade, se riant de leurs grappes d’aiguilles en verticilles dont les pointes acĂ©rĂ©es ne griffent que le vent, puis grimpent Ă  l’assaut des hĂȘtres et des chĂątaigniers qui coiffent les sommets et embrassent les cieux.

Perdue dans leur ramure, la lumiĂšre mutine s’amuse Ă  Ă©gayer de pastels scintillants les regards des marcheurs, Ă©clairs d’azur volĂ©s Ă  l’horizon sans fin, doux reflets Ă©meraude arrachĂ©s aux feuillages
 Les visages rayonnent, irradiĂ©s d’un halo diaphane ravivant le rosĂ© des pommettes fouettĂ©es par l’air frais.

En tĂȘte du cortĂšge, Dianisia Valentini portant le nouveau-nĂ© s’achemine vers Santa Riparata, dressĂ©e en haut d’un mamelon surplombant le village. L’abbĂ© Raffaelli est lĂ , qui les accueille aux portes de l’église.

[4], Pasquale parce qu’il est nĂ© aprĂšs le dimanche de PĂąques, a rĂ©pondu Antoniu.

 

AprÚs quoi, il les a invités à le suivre



[1] À l’origine, la pieve est une circonscription administrative Ă©tablie par Rome. Au Moyen Âge, chaque pieve religieuse est dirigĂ©e par un abbĂ©, le piĂ©van (u pievanu), installĂ© dans l'Ă©glise principale, secondĂ© par quelques vicaires. Son territoire s'Ă©tend sur les Ă©glises secondaires et les chapelles des villages dont les curĂ©s sont soumis Ă  son autoritĂ©. Les Pisans puis les GĂ©nois formĂšrent leurs circonscriptions administratives Ă  partir des paroisses et des pievi religieuses. La « pieve » dĂ©signait donc Ă  la fois le territoire, le canton, les paroisses soumises Ă  la juridiction du piĂ©van, les biens constituant le patrimoine de cette Ă©glise, le lieu-dit oĂč se trouvait l'Ă©glise piĂ©vane. Avec une majuscule, la Pieve dĂ©signe l’église principale du canton, et parfois le hameau qui s'y est dĂ©veloppĂ©. Chaque annĂ©e se tenait une assemblĂ©e piĂ©vane oĂč l’on gĂ©rait les pĂąturages collectifs, oĂč l’on attribuait Ă  chaque famille une terre cultivable prise sur le maquis, oĂč l’on passait les contrats, oĂč l’on payait les fournisseurs. C’était aussi le siĂšge du tribunal local prĂ©sidĂ© par le piĂ©van, dignitaire possĂ©dant des armoiries et le statut de co-Ă©vĂȘque. Ces pievi subsisteront sous le Gouvernement National de Pasquale Paoli, puis sous l’administration française de l’Ancien RĂ©gime.

[2] Le 1er dĂ©cembre 1723, la RĂ©publique de GĂȘnes partagea la Corse en deux : l’« En-Deça des monts Â» (U DiquĂ ), dĂ©pendant de Bastia, et l’« Au-DelĂ  des Monts Â» (U DilĂ ) dĂ©pendant d’Aiacciu.

[3] Sorte d’arbitre local chargĂ© de gĂ©rer les diffĂ©rends entre familles.

[4] Statut honorifique de conseiller du gouverneur gĂ©nois. Le Conseil des Douze comprend 18 membres, 12 pour l’En-deça des Monts, 6 pour l’Au-delĂ  des Monts.